Fantastic Berlioz

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Concert d'ouverture 25ème édition- dir. Christine Antoine
(Place Saint-André, 5 octobre 2019)

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• Hector Berlioz - Extraits :
La Damnation de Faust : Marche Hongroise, Ballet des Sylphes, Menuet des Feux Follets
La Symphonie Fantastique : Un bal
Le Carnaval Romain : Ouverture

• Jacques Offenbach - Extraits :
Orphée aux Enfers (French cancan)
Barcarolle des Contes d'Hoffmann
La vie Parisienne : Ouverture
La Belle Hélène : Ouverture et acte 3, Calchas ohé

Le concert d’ouverture du Festival le Millésime 2019 met cette année deux compositeurs à l’honneur : Jacques Offenbach, à l’occasion du bicentenaire de sa naissance et Hector Berlioz, décédé il y a tout juste 150 ans.

Ces deux compositeurs ont marqué le 19ème siècle dans des styles différents et leur opposition est criante. Avec des caractères opposés, ils ne s’aimaient guère mais ils ont incarné, tous deux, l’esprit musical français. Outre la composition, leurs points communs furent leur goût pour l’écrit, la critique et la diffusion d’articles sur la musique. Musiciens et hommes de lettres, ils sont le miroir à deux faces de leur temps.

Tandis que Berlioz se débat dans des échecs successifs dont celui, cuisant, des « Troyens », Offenbach vole de triomphe en triomphe avec « La Grande Duchesse de Gerolstein », « La vie Parisienne », « La Périchole », etc…  Lorsque Berlioz crée « Orphée et Eurydice », Offenbach répond par « Orphée aux Enfers ». Et quand Berlioz compose « Les Troyens », Offenbach écrit son grand succès « La Belle Hélène ».

Alors que Berlioz tente de saisir l’essence même d’une antiquité revisitée, emplie de poésie shakespearienne, Offenbach détourne cette même antiquité pour se moquer des faits de société. Il invente l’opéra-bouffe, alors que Berlioz voue son génie à une orchestration savante et onirique.

Hector Berlioz naît en 1803 à la Côte-Saint-André et meurt à Paris, en 1869. Passionné de géographie, d’atlas, il ne quitte pourtant son Dauphiné natal qu’en 1821 pour un voyage en Italie. Sa musique n’a pas immédiatement rencontré de succès à sa création et elle est rapidement délaissée. Elle sera davantage défendue à Chicago, Munich ou Londres ! En France, seule « La Symphonie Fantastique » échappe à l’oubli. Berlioz encourage Joseph Sax, belge, facteur d’instruments, dans ses recherches sur le saxophone, car lui-même utilise des combinaisons d’instruments inédites. Berlioz sera l’angoisse des régisseurs d’orchestre devant répondre à ses exigences d’instruments rares ou d’accessoires inconnus. Hélas, ses combinaisons surprennent mais ne convainquent pas ses contemporains. Le caractère surprenant de ses œuvres fera néanmoins dire à Camille Saint-Saëns : « Ce qui rend Berlioz intéressant, c’est une surabondance, une fertilité d’intention mélodique dont il y a peu d’exemples. Berlioz improvise sans cesse avec une invraisemblable rapidité, ses manuscrits semblent tracés avec la pointe d’une aiguille, rien d’inutile ne s’y trouve ».  

Berlioz avait du génie et de l’ambition, mais vivait tourmenté et malheureux. Sa vie fut sans joie et sans enchantement. Il avait souvent l’apparence d’un vaincu, cachant la flamme d’un artiste passionné au caractère difficile, voire colérique, et travaillait beaucoup. Théophile Gautier disait de lui : « Personne n’a eu à l’art un dévouement plus absolu et ne lui sacrifia si complètement sa vie ».

Inventeur de l’orchestre moderne, il organise des concerts à travers toute l’Europe, avec ses œuvres et celles de ses aînés. Il dira des symphonies de Beethoven : «  la secousse que j’en reçus fut presque comparable à celle que m’avait donnée Shakespeare. Il m’ouvrait un monde nouveau en musique, comme le poète m’avait dévoilé un nouvel univers en poésie ». Il fut un écrivain né, comme un grand lecteur. Ses mémoires, très prolifiques, sont passionnantes et sincères. Il y exprime ses émotions, ses découvertes et son énergie, immense. Son traité d’instrumentation et d’orchestration paraît sous la forme de feuilletons dans la revue « La gazette musicale de Paris » sous le titre «  De l’instrumentation ». Artiste protéiforme, il écrivit des nouvelles, des traités, ses « Caractères ». Son autobiographie critique la théorie et pose la question de la condition de l’écrivain.

Quelques citations de Berlioz :
« Il faut collectionner les pierres qu’on vous jette, c’est le début d’un piédestal. »
« La chance d’avoir du talent ne suffit pas, il faut encore avoir le talent d’avoir de la chance. »
« En France, tout le monde adore la musique, mais personne ne l’aime. »

Jacques Offenbach naît en 1819 à Cologne et  meurt à Paris en 1880. Il arrive à Paris en 1833 à l’âge de 14 ans et étudie la composition avec Fromental Halévy. Il travaille à l’Opéra-comique comme violoncelliste, où il se fait déjà remarquer par son goût pour les farces. En 1855, il obtient la concession de la salle Choiseul, qui deviendra « les Bouffes Parisiens ». Il écrit plus de 200 opérettes et opéras-bouffe, connus dans le monde entier. Napoléon III le naturalise en 1860 et lui donne la Légion d’Honneur. Rossini le surnommera alors « le petit Mozart des Champs Elysées ».

Ses livrets, comme sa musique, distrayants, sont d’un grand raffinement. Il sait saisir l’esprit de son temps et le génie de la langue française, lui, juif allemand au fort accent. Fréquentant la bourgeoisie parisienne, il s’en moque avec grand art. Dans « La Belle Hélène », il caricature la société bourgeoise contemporaine sous le prétexte de la guerre de Troie. L’enlèvement d’Hélène est un thème récurrent qui démontre l’hypocrisie de la société et la décadence du Second Empire quant aux relations conjugales. Il use de l’humour sarcastique pour donner des œuvres satiriques et immorales prônant la joie de vivre et dénonçant la décadence de l’élite. L’inversion de l’histoire est menée avec une loufoquerie calculée, mais avec rêverie et malice légère.

Sa musique parodie l’opéra même, et le tourne en vaudeville, en détournant les héros homériques. Sa gaieté, sa joie de vivre transpirent. Le galop d’Orphée aux Enfers évoque immédiatement le « gai Paris » avec ses chorégraphies de French Cancan et ses rythmes effrénés. Offenbach, comme Berlioz, écrivait.

Il fut ami du fondateur et directeur du « Figaro », Hippolyte de Villemessant, qui publia 38 de ses lettres. Offenbach, ayant un rapport moderne avec son public, tient informé les lecteurs de ce journal parisien des avancées de ses œuvres comme « La Vie parisienne », « Les Brigands », « Fantaisie », « Voyage en Amérique ». Ses feuilletons ont un tel succès que les foules les attendent, en délire, sous les fenêtres de son hôtel. Mondain et aimant son public, il multiplie les fêtes, les concours d’opérette, et entretient également son succès outre-Atlantique.

Un vers de « La Périchole » :
« La jalousie et la souffrance déchirent mon cœur tour à tour, j’ai la Fortune et la puissance, tout cela ne vaut pas l’amour. »


 

> texte de Christine Antoine

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