Froberger et Telemann

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La musique baroque : une passerelle multiculturelle ?
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Texte de Christine Antoine, violoniste et chef d'orchestre

Froberger 

Johann Jakob Froberger (1616-1667) est un musicien allemand, né à Stuttgart. Il meurt à 50 ans à Héricourt (Lorraine, mais à l’époque  dépendant du duché de Wurtemberg). Ses œuvres essentiellement écrites pour l’orgue et le clavecin ne furent publiées qu’après sa mort.
Froberger circule énormément pour l’époque. Musicien itinérant, au service de divers princes ou faisant jouer ses œuvres, il étudie auprès de Frescobaldi, organiste du pape à Rome, puis intègre le style des clavecinistes français (Champion de Chambonnières, Louis Couperin). A Dresde (Allemagne), il côtoie Mathias Weckmann et Heinrich Schütz puis fait un passage à Bruxelles.
Ses plus grands livres d’orgue et de clavecin sont issus de ces grands voyages. L’invention de son écriture ainsi qu’une rhétorique hors du commun sont nourries par cette diversité et cette curiosité.

 

Telemann 

Georg Philip Telemann (1681-1767), également allemand, né à Magdebourg de parents luthériens, décède à 86 ans à Hambourg. Compositeur le plus prolifique de son temps avec plus de 3600 œuvres répertoriées, Telemann est d’un tempérament plein d’esprit. Sa musique en est souvent plus séduisante que savante.
Lui aussi voyage dans toute l’Allemagne, aux Pays-Bas, en France et en Pologne où il note les chants paysans traditionnels (Quatuor polonais). Il cultive à sa manière les « goûts réunis » de François Couperin et les « Tafelmusik » (musique de table) représentent un pendant allemand des « Symphonies pour les soupers du Roy » de Delalande. Sa revue « le Fidèle Maître de Musique » propose une sorte d’encyclopédie des genres : concertos, suites, trios, quatuors... dans les styles français, italiens et allemands du 18ème siècle.


Cent ans séparent l’anniversaire de ces deux musiciens. Ce qui les relie à travers la musique, c’est cette soif de connaître les styles européens et les traditions nationales, à travers leurs différents voyages.
Philippe Beaussant, dans la revue de l’Académie des Beaux-Arts, montre l’influence des langues européennes sur la musique baroque : « On pouvait être Allemand, aller travailler en Angleterre et écrire de la musique italienne ! » Les compositeurs communiquaient malgré la distance et les moyens de déplacement. Ils échangeaient les modes d’écriture, les styles, les idées, la construction. Les orchestres étaient déjà internationaux et une ville comme Leipzig représentait à la fois un carrefour économique et la capitale de l’édition.

Froberger et Telemann, chacun en son temps, ont été des vecteurs importants du savoir musical et de la transmission culturelle. Des Européens modernes avant l’heure ?

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